J’ai le plaisir de vous convier à ma soutenance de thèse intitulée "Compromis entre traits d’histoire de vie et saisonnalité chez un primate hétérotherme", qui aura lieu le vendredi 29 janvier à 14h à l’auditorium du Musée de l’Homme à Paris.

Le jury sera composé de :
  1. Jean-Michel Gaillard, Directeur de Recherche, UMR 5558 CNRS, Villeurbanne, France, Rapporteur
  2. Marco Festa-Bianchet, Professeur, Université de Sherbrooke, Sherbrooke, Canada, Rapporteur
  3. Carlo-Giovanni Camarda, Chargé de Recherche, INED, Paris, France, Examinateur
  4. Alexandre Robert, Chargé de Recherche,UMR 7204 MNHN-CNRS-UPMC, Paris, France, Examinateur
  5. Fabienne Aujard, Directrice de Recherche, UMR 7179 CNRS-MNHN, Brunoy, France, Directrice de thèse
  6. Pierre-Yves Henry, Chargé de Recherche, UMR 7179 CNRS-MNHN, Brunoy, France, Co-directeur de thèse
  7. Samuel Pavard, Chargé de Recherche, UMR 7206 CNRS-MNHN, Paris, France, Co-directeur de thèse (invité)

Résumé:
La théorie des traits d’histoire de vie vise à expliquer la diversité des cycles de vie entre espèces, et entre individus au sein d’une même espèce. Un des mécanismes centraux de diversification est la présence de compromis entre traits. Ces compromis sont essentiellement inférés à partir de corrélations entre traits observées dans des populations naturelles, complétées de validations expérimentales en conditions contrôlées. Cependant, peu d’études ont pu combiner des suivis démographiques et des suivis de caractéristiques individuelles à long terme. De plus, le lien entre les compromis et l’environnement est largement inconnu. La théorie des traits d’histoire de vie postulant que les ressources sont limitantes, la validité de la théorie peut être explorée en exposant les organismes à des ressources nonlimitantes, comme c’est généralement le cas en captivité. Au cours de cette thèse, nous nous sommes intéressés aux facteurs influençant la mortalité et aux compromis entre traits d’histoire de vie chez un petit primate hétérotherme, le Microcèbe murin (Microcebus murinus), élevé en captivité. Nous avons étudié les déterminants des patrons de mortalité de 881 individus, grâce au suivi de la population sur une vingtaine d’années. L’étude de la mortalité de l’espèce a nécessité le développement de modèles de survie spécifiques, permettant la prise en compte de l’intégralité des individus disponibles (avec troncature et censure), les variations saisonnières de la mortalité, et les effets, proportionnels ou non, des facteurs de risque de mortalité au cours de la vie. Nous avons tout d’abord formulé et testé une nouvelle théorie du vieillissement, proposant que l’accumulation des dommages de l’organisme n’est pas constante chez les organismes saisonniers, mais plus importante lors des transitions physiologiques entre phénotypes saisonniers où les coûts s’accumulent. Une expérience d’accélération du rythme saisonnier valide cette théorie : la vitesse des transitions saisonnières est un des meilleurs prédicteurs du risque de mortalité, et de son évolution avec l’âge. Puis nous avons exploré les compromis entre allocation à la reproduction et survie adulte ultérieure. En captivité, où les ressources sont non limitantes et la mortalité extrinsèque faible, aucun compromis n’a été détecté entre l’effort reproducteur femelle, ou l’allocation maternelle au développement postnatal des juvéniles, et la mortalité adulte de la mère ou des petits. Les résultats sont même opposés à la théorie : plus une femelle s’est reproduite, plus ses chances de survie ultérieures étaient élevées. L’absence de coût de la reproduction femelle est également révélée à l’aide d’un marqueur de vieillissement : les télomères sont rallongés au cours de la période de reproduction (alors que, en cas de stress oxydatif accru, ils devraient raccourcir). Ces résultats suggèrent que la reproduction sans limitation de ressources (en captivité) n’induit pas de coût (compromis) sur la survie adulte femelle. Ce travail de thèse ouvre de nouvelles perspectives sur les mécanismes responsables du vieillissement des organismes et la dépendance des compromis entre traits d’histoire de vie aux conditions environnementales. Il met l’emphase sur l’importance des pressions environnementales dans l’évolution des traits, une thématique en plein essor, pour affiner la théorie des traits d’histoire de vie.