Par Marie CIBOT, doctorante de l’équipe FUNEVOL, UMR 7179 MECADEV - Mécanismes adaptatifs et Evolution et de l’UMR 7206 Eco-Anthropologie et Ethnobiologie

Dans un contexte de changement rapide du paysage avec un impact des activités humaines grandissant, les grands singes sont aujourd’hui menacés de disparition. À l’extrême nord du parc national de Kibale (Ouganda), les chimpanzés de Sebitoli sont soumis à une pression anthropique importante (forêt en cul de sac avec plus de 300 habitants par km2 à sa bordure). Afin d’évaluer les risques sur la santé des chimpanzés liés à la proximité spatiale avec les humains et leur potentielle adaptation face à ces risques, une approche interdisciplinaire a été mise en place. Ce travail s’est alors basé sur trois situations à risque pour les chimpanzés lorsqu’ils : (1) traversent la route bitumée à fort trafic coupant la forêt et leur domaine vital, (2) rentrent dans les champs des villageois autour du parc pour piller des aliments domestiques, (3) se font piéger dans des collets posés dans la forêt par les braconniers pour chasser le petit gibier. Nos observations révèlent des conséquences sévères sur la santé des chimpanzés : dysplasies faciales, fente labiale et fertilité diminuée pouvant être la conséquence de l’utilisation d’agents chimiques dans la zone (cultures vivrières et plantations de thé) ou d’une forte consanguinité liée à la route, probables transmissions interspécifiques d’agents pathogènes, mutilations avec amputations de membres ou parties de membres suite au piégeage. En outre, les chimpanzés démontrent des comportements attestant une prise en compte des risques encourus. En effet, ils vérifient le trafic routier, ont un temps d’attente long avant de s’engager sur la route et présentent des comportements « protecteurs » tels que l’attente par certains individus de leurs congénères pendant et après les traversées. Lors des pillages du maïs, les chimpanzés, animaux diurnes, font le guet pour vérifier la présence de villageois dans les champs et évitent les contacts directs avec les humains en pillant au crépuscule ou après la tombée de la nuit. Enfin, les mutilations invalidantes subis par les chimpanzés ne semblent pas avoir de conséquences sur leurs activités quotidiennes (budgets d’activité comparables aux individus valides) et sur leur socialité (pas de mise à l’écart au sein du groupe). Alors que la proximité entre les humains et les primates non humains est croissante en Afrique, cette étude apporte de premiers éléments de réponse pour mieux comprendre les conséquences de cette proximité mais également les facteurs influençant l’adaptabilité des chimpanzés aux perturbations anthropiques. Aussi, l’approfondissement des ces travaux est aujourd’hui indispensable en termes de santé publique et de conservation.

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